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La licorne dans l’imaginaire byzantin

La capture d’une licorne, miniature dans le manuscrit Oxford, Bodl. 533 (13e s.), f. 3r, © Bodleian Libraries, University of Oxford, CC BY-NC 4.0, https://digital.bodleian.ox.ac.uk/objects/36652b63-d9b1-4480-a88b-769d558bf238/surfaces/6b403dae-4c5f-481c-9fd6-7089e4684a16.
La capture d’une licorne, miniature dans le manuscrit Oxford, Bodl. 533 (13e s.), f. 3r, © Bodleian Libraries, University of Oxford, CC BY-NC 4.0, https://digital.bodleian.ox.ac.uk/objects/36652b63-d9b1-4480-a88b-769d558bf238/surfaces/6b403dae-4c5f-481c-9fd6-7089e4684a16.

La fantaisie humaine construit ses plus beaux châteaux de sable sur des réalités qu’elle ne peut pas vérifier. C’est le cas de la légende de la licorne, élaborée autour d’un animal fabuleux que chacun a imaginé à sa manière. Au fil du temps, la licorne s’est transformée d’une créature ressemblant à un rhinocéros en un cheval diaphane, doté d’une énorme corne sur la tête. Les Byzantins n’ont jamais douté de l’existence de cet animal. La mention répétée de la licorne dans la version grecque de l’Ancien Testament, surtout dans les Psaumes, a renforcé cette conviction. Ils ont considéré la licorne soit comme une créature effrayante qui, à l’instar de la mort, menace continuellement la vie de l’homme, soit comme un animal très puissant et pur, comparable au Christ, que seule l’intercession d’une vierge permet de capturer. Plusieurs artistes byzantins se sont inspirés de cette légende à multiples facettes afin de décorer les livres de culte de leur époque.

 

Le pouvoir maléfique de la licorne

La licorne fait son apparition dans les textes grecs avec Ctésias (5e s.-4e s. av. J.-C.), médecin à la cour du roi perse Artaxerxès II (404-358 av. J.-C.). Dans sa description de l’Inde, Ctésias confond probablement la licorne avec le rhinocéros et la considère comme une sorte d’âne sauvage doté d’une belle corne sur la tête. Selon lui, la licorne ne se laisse pas attraper facilement, mais elle se bat jusqu’à sa mort ; sa corne possède des propriétés thaumaturgiques :

Ctésias dit qu’il existe aux Indes des ânes sauvages aussi gros que des chevaux et même plus gros ; ils  ont le corps blanc, la tête pourpre, les yeux d’un bleu sombre. Cet animal porte une corne au milieu du front ; elle mesure une coudée. […] Ceux qui ont bu dans ces cornes (car on en fait des vases à boire) ne sont sujets, dit-on, ni aux convulsions ni au haut mal et les poisons mêmes ne peuvent leur nuire. [1]

La confusion entre la licorne et le rhinocéros ou un autre animal très puissant s’est maintenue pendant toute l’Antiquité. De plus, l’apparence de la licorne est devenue encore plus imprécise à cause de sa mention répétée dans la traduction grecque de l’Ancien Testament. Dans la Septante, le terme monocéros (μονόκερως), c’est-à-dire « animal à une seule corne », remplace le mot hébreu re'em, qui avait normalement le sens de « bœuf sauvage » ou « buffle ». Ainsi artificiellement entrée dans le langage chrétien courant, la licorne a été conçue de diverses manières, souvent contradictoires.  

 

La représentation la plus ancienne de la licorne correspond bien à la nature sauvage du rhinocéros. À cause de son pouvoir, la licorne est comparée au lion, avec lequel elle est mise en parallèle dans le Psaume 21, 22 : Sauve-moi de la gueule du lion, délivre mon humilité des cornes des licornes (σῶσόν με ἐκ στόματος λέοντος καὶ ἀπὸ κεράτων μονοκερώτων τὴν ταπείνωσίν μου). Selon le Roman d’Alexandre, un ouvrage qui mêle divers faits historiques et récits fantaisistes relatifs à l’empereur Alexandre le Grand (356-323 av. J.‑C.), la licorne est plus grande qu’un éléphant et est capable de tuer vingt-six hommes d’un seul coup. Selon un texte hagiographique dédié à Macaire le Romain, un saint célébré le 23 octobre (BHG 1104‑1005i), trois moines partis en voyage vers le Paradis terrestre rencontrent des licornes et d’autres animaux fantastiques aux confins de la terre. [2]

 

Le pouvoir destructeur de cet animal féroce a conduit les commentateurs chrétiens à considérer la licorne comme un symbole du mal. Selon Eusèbe de Césarée, les licornes sont les adversaires de Dieu, puisqu’elles s’opposent aux justes. Selon Augustin, les licornes symbolisent les ténèbres de ce monde et l’orgueil qui conduit l’homme dans ses mauvais choix. Pour Euthyme Zigabénos (11e-12e s.), les licornes sont les Juifs, les adversaires des chrétiens. Selon une courte prière à vocation protectrice, attribuée au Christ sur la croix, incluse dans un manuscrit copte du 6e/7e siècle (London, British Library Or. 6796(4) + 6796), la licorne est même devenue la gardienne de l’au-delà. Surprise de se trouver impuissante face à celui qui est crucifié, la licorne apprend la véritable nature de celui-ci et s’enfuit vaincue. [3]

 

La parabole de l’homme poursuivi par la licorne 

Cette interprétation négative de la licorne a atteint son apogée dans une parabole qui a connu un grand succès dans le monde byzantin à partir du 10e/11e siècle, celle de l’homme chassé par la licorne. Selon la Vie de Barlaam et Josaphat (BHG 224), un texte hagiographique qui inclut, en effet, la biographie du prince Siddhartha Gautama, mieux connu sous le nom de Bouddha, la licorne est le symbole de la mort qui menace en permanence la vie de l’homme. Poursuivi par la licorne furieuse, l’homme tombe dans une fosse, symbole du monde, au fond duquel se trouve un dragon, symbole de l’enfer ; l’homme réussit à s’accrocher à un arbre, symbole de la vie, mais ses racines sont continuellement rongées par deux souris, l’une blanche et l’autre noire, symboles des jours et des nuits ; quatre serpents, qui représentent les quatre éléments de la nature, angoissent également le malheureux ; malgré cette situation désespérée, l’homme se contente des quelques gouttes de miel qui coulent des branches de l’arbre, symboles des délices du monde, qui le séduisent et le font négliger son salut. [4] 

 

L’apologue est originaire d’Orient, où il est connu depuis longtemps. Un récit presque identique se trouve dans le Mahabharata (III, §5-6) (ca. 3e s. av. J.-C.-3e s.), mais c’est un éléphant terrifiant à six faces et douze pieds qui menace l’homme, non pas une licorne. Le remplacement de l’éléphant par la licorne a eu lieu au 10e/11e siècle, au mont Athos, au moment de la traduction de la Vie de Barlaam et Josaphat du géorgien en grec. [5] 

 

Cette origine orientale de la fable n’a pas empêché les artistes byzantins de la représenter dans de nombreux manuscrits. Elle a trouvé sa place même dans des psautiers de luxe réalisés à Constantinople, comme le Psautier de Théodore (London, BL Add. 19352, AD 1066) et le Psautier Barberini (Vatican, BAV Barb. gr. 372, 11e s.). La parabole a été choisie pour illustrer le verset : L’homme est semblable à la vanité même ; ses jours sont comme l’ombre qui passe (Ps. 143, 4). [6]

 

La licorne et la vierge

À l’opposé de cette image d’un être effrayant et maléfique, la licorne est également devenue un symbole du pouvoir absolu, donc du pouvoir de Dieu. En effet, selon le livre des Nombres (Nb. 23, 22), c’est Dieu qui les a fait sortir d’Égypte ; sa gloire est comme celle de l’unicorne (Θεὸς ὁ ἐξαγαγὼν αὐτοὺς ἐξ Αἰγύπτου· ὡς δόξα μονοκέρωτος αὐτῷ). Selon Origène et Basile le Grand, la corne unique de la licorne indiquerait donc le Dieu unique, tandis que la force de la licorne symboliserait le pouvoir du Christ, donné au peuple choisi. Pour Eusèbe de Césarée, les versets L’Éternel brise les cèdres du Liban, il les fait sauter comme le jeune taureau du Liban et le fils bien-aimé des licornes (Ps. 28, 5-6, συντρίψει Κύριος τὰς κέδρους τοῦ Λιβάνου καὶ λεπτυνεῖ αὐτὰς ὡς τὸν μόσχον τὸν Λίβανον καὶ ὁ ἠγαπημένος ὡς υἱὸς μονοκερώτων) ne peuvent parler que de Jérusalem (le jeune taureau) et du Fils bien-aimé (le fils des licornes). D’autres auteurs, comme Justin le Martyr, Tertullien et Jean Chrysostome, ont interprété la licorne comme un symbole de la croix du Christ, puisque les bras de la croix sont comparables aux cornes des licornes. Enfin, selon Athanase d’Alexandrie, Cyrille d’Alexandrie et Théodoret de Cyr, la licorne symboliserait les saints patriarches, les prophètes, les apôtres et même tout le peuple chrétien. [7]

 

La lecture favorable des textes bibliques et le parallèle établi entre le Christ et la licorne ont conduit à un autre emprunt littéraire. Vers le 3e/4e siècle, dans un ouvrage intitulé Physiologos, c’est-à-dire « celui qui étudie la nature », un auteur anonyme ajoute à ce symbolisme la légende de la vierge qui, elle seule, peut capturer la licorne. La vierge annonce ainsi la Vierge Marie, puisque la licorne préfigure le Christ même :

Le chasseur ne peut pas en approcher parce que l’animal est très fort. Comment le chasse-t-on ? Ils mettent devant lui une vierge chaste, il saute dans le sein de la vierge et elle le nourrit et l’emmène dans le palais, devant le roi. […]  L’animal symbolise la personne du Sauveur. « Il nous a suscité une corne de salut dans la maison de David » (Luc 1, 69), notre père, et il est devenu pour nous une corne de salut. Ni les anges ni les puissances n'ont pu le retenir, mais il a habité dans le sein de la très pure Vierge Marie. [8]

 La légende de la vierge qui sert d’appât et de la bête emmenée dans le palais royal provient, encore une fois, d’Orient. Elle a subi plusieurs transformations, car initialement, c’était une courtisane qui pouvait saisir la licorne, et non une vierge. La version la plus ancienne du récit se trouve dans la mythologie sumérienne et se réfère à Enkidu qui, avant de devenir l’ami du roi Gilgamesh (3e millénaire av. J.‑C.), vivait à l’état sauvage et se nourrissait comme les animaux. Il serait né d’une gazelle et d’un âne sauvage. Afin d’emmener Enkidu à sa cour, Gilgamesh envoie une courtisane qui le séduit par ses charmes. [9]   

 

Cette première version de la légende a servi de source aux textes du Ramayana (ca. 5e s. av. J.-C.-3e s.) et du Mahabharata, où une biche ou antilope fécondée par la semence d’un saint ascète donne naissance à un être humain doté d’une corne sur la tête. L’enfant est donc appelé Rishyasringa, qui signifie « le sage à corne de biche ». Arrivé à l’âge de la maturité, Rishyasringa est amené par la ruse d’une courtisane de la forêt à la cour royale, où il épouse la fille du roi. Dans l’une des versions bouddhiques du texte, incluse dans le Mahavastu (2e-4e s.), le jeune s’appelle Ekasringa, c’est-à-dire « le sage à une seule corne », et est capturé non par une courtisane, mais par une vierge, Nalini, la fille du roi. [10]

 

À travers le Physiologos, cette historiette orientale est entrée dans l’imaginaire byzantin. On la voit représentée dans les mêmes deux psautiers de luxe, dans une scène où une licorne s’approche d’une vierge et lui pose le pied sur les genoux. Elle sert d’illustration du verset : Ma corne sera élevée comme celle de la licorne (Ps. 91, 11 : ὑψωθήσεται ὡς μονοκέρωτος τὸ κέρας μου). En revanche, dans le manuscrit Mont Athos, Pantocrator 61 (9e s.), l’image est mise en relation avec le Psaume 77, 69 : Et il bâtit son sanctuaire comme celui des licornes sur la terre qu’il fonda pour toujours (καὶ ᾠκοδόμησεν ὡς μονοκέρωτος τὸ ἁγίασμα αὐτοῦ, ἐν τῇ γῇ ἐθεμελίωσεν αὐτὴν εἰς τὸν αἰῶνα). [11] 

 

En fin de compte, ce qui demeure peu compréhensible, c’est la perception commune de la licorne chez les Byzantins. Est-ce qu’elle symbolisait la mort, comme dans la parabole de l’homme chassé par la licorne, ou le Christ, comme dans la légende de la vierge qui capture la licorne ? La présence simultanée des deux scènes dans les mêmes psautiers suggère une liberté de choix réservée aux lecteurs. D’autre part, on remarque avec quelle facilité les légendes orientales ont trouvé leur place dans l’imaginaire byzantin ; il semble que la théologie a été vaincue par la légende, pour reprendre une expression de Jacques Le Goff. [12] En effet, il est facile de construire divers symboles et allégories lorsqu’ils reposent sur des réalités incohérentes. C’est le cas de la licorne, un symbole imaginaire qui n’a jamais existé en réalité.

 

[1] Photios, Bibliothèque, §72 (Ctésias), éd. et trad. R. Henry, vol. 1, Paris, 1959, p. 143-144.

[2] The Greek Alexander Romance, trad. R. Stoneman, London, 1991, p. 184 (§3.17) ; S. Papaioannou (éd. et trad.), Life of Makarios the Roman, dans Saints at the Limits: Seven Byzantine Popular Legends (Dumbarton Oaks Medieval Library, 78), Cambridge (MA), 2023, p. 86‑87 (§10).

[3] Voir M.-T. Canivet – P. Canivet, La licorne dans les mosaïques de Huarte d’Apamène (Syrie), IVe‑Ve s., dans Byzantion, 49 (1979), p. 57-87 ; J. Beal, The Unicorn as a Symbol for Christ in the Middle Ages, dans Eadem (éd.), Illuminating Jesus in the Middle Ages (Commentaria, 12), Leiden, 2019, p. 154-188 ; J. E. Sanzo, The Innovative Use of Biblical Traditions for Ritual Power: The Crucifixion of Jesus on a Coptic Exorcistic Spell (Brit. Lib. Or. 6796[4], 6796) as a Test Case, dans Archiv für Religionsgeschichte, 16 (2014), p. 67–98 ; R. Bélanger Sarrazin, Prayer of Christ From the Cross, e‑Clavis: Christian Apocrypha, https://www.nasscal.com/e-clavis-christian-apocrypha/prayer-of-christ-from-the-cross.

[4] John Damascene, Barlaam and Ioasaph, trad. G. R. Woodward – H. Mattingly (Loeb Classical Library, 34), Cambridge (MA), 1967 (1914), p. 187-191 (§12). La parabole est également incluse dans la version d’Eugène de Sicile (12e s.) de l’ouvrage Stéphanitès et Ichnélatès, une traduction de l’arabe en grec de Kalila et Dimna ou Les fables de Bidpaï (8e s.), contenant des apologues d’origine indienne (Panchatantra, Mahabharata, etc.), voir M. D. Lauxtermann, Unicorn or No Unicorn: Stephanites and Ichnelates, Prol. 3.10, dans L. Silvano et al. (éd.), Virtute vir tutus: Studi di letteratura greca, bizantina e umanistica offerti a Enrico V. Maltese, Ghent, 2023, p. 409-428.

[5] Voir A. Mahé – J.-P. Mahé (trad.), La sagesse de Balahvar. Une vie christianisée du Bouddha, Paris, 1993, p. 76-77 (version brève du texte géorgien) ; M. Toumpouri, L’homme chassé par la licorne : de l’Inde au Mont-Athos, dans G. Ducœur (éd.), Autour de Bāmiyān. De la Bactriane hellénisée à l’Inde bouddhique, Paris, 2012, p. 425-444. La parabole de Stéphanitès et Ichnélatès mentionne également une licorne, même s’il s’agit d’un éléphant dans Kalila et Dimna.

[6] Psautier de Théodore, f. 182v ; Psautier Barberini, f. 237v. Voir C. J. Hilsdale, Worldliness in Byzantium and Beyond: Reassessing the Visual Networks of Barlaam and Ioasaph, dans C. Normore – C. Symes (éd.), Reassessing the Global Turn in Medieval Art History, Amsterdam, 2018, p. 57-96 ; https://digi.vatlib.it/view/MSS_Barb.gr.372.

[7] Canivet – Canivet, La licorne, p. 81-87 ; J. Beal, The Unicorn, p. 156-163.

[8] Physiologus, §22, trad. R. M. Grant, Early Christians and Animals, London, 1999, p. 62.

[9] A. R. George, The Babylonian Gilgamesh Epic, Oxford, 2003, vol. 1, p. 544-562 ; 650-651 (§1-2 ; 8).

[10] Ramayana, I, 8-10 ; Mahabharata, III, §110-113 ; The Mahavastu, trad. J. J. Jones, London, 1956, vol. 3, p. 138-147, https://archive.org/details/sacredbooksofbud19londuoft/sacredbooksofbud19londuoft/page/138. Voir T. Abusch, The Tale of the Wild Man and the Courtesan in India and Mesopotamia: The Seductions of Rśyaśrnga in the Mahābhārata and Enkidu in the Epic of Gilgamesh, dans M. J. Geller (éd.), Melammu: The Ancient World in an Age of Globalization (Melammu Symposia, 6), Berlin, 2014, p. 69-109 ; M. Wiedemann, La femme et la licorne, dans M.‑L. Paoli (éd.), L’Imaginaire au féminin : du liminal à l’animal…, Bordeaux, 2018, p. 271‑308, https://books.openedition.org/pub/13276.

[11] Psautier de Théodore, f. 124v ; Psautier Barberini, f. 160r ; Mont Athos, Pantocrator 61, f. 109v. Voir aussi Psautier Chludov, Moscou, Musée historique d’État gr. 129-d (9e s.), f. 93v (Ps. 91, 11) ; C. Stephen-Kaissis, ‘Well Speaks the Physiologus‘ The Image of the Virgin and Unicorn in the Ninth-Century Byzantine Marginal Psalters and Their Relation to the Smyrna Physiologus (preprint), https://archiv.ub.uni-heidelberg.de/propylaeumdok/volltexte/2023/5698.

[12] J. Le Goff, Héros et merveilles du Moyen Âge, Paris, 2005, p. 159.

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